Drapeaux européens flottant au vent

Si la crise du Covid-19 était source de progrès ?

Interprète, descendante de capitaines au long cours, pilleurs d’épaves, armateurs, employés à la Compagnie des Indes, les étoiles s’étaient alignées pour que je taille la route et devienne Travel Planner. Ma marotte ? L’histoire de l’art...

Gretel Van Son

Tirer des enseignements d’une crise mondiale.

Nous expérimentons le confinement depuis quelques semaines alors que nous en connaissions à peine le concept, plus habitués que nous sommes à le rencontrer dans un contexte de radioactivité ou de terrorisme. Toutefois celui auquel nous sommes contraints nous offre une fabuleuse opportunité, il nous enjoint de repenser nos priorités. L’éditorial du Monde en date du 27 mars dernier déclarait en effet la période propice à la réflexion. Certes le confinement nous a précipités de gré ou de force dans le télétravail néanmoins nous avons appris de nos erreurs. Si nous nous en remettons aux médecins pour notre santé, c’est du côté des sciences humaines que nous regardons pour imaginer un modèle sociétal nouveau et nous sommes aussi enthousiastes que lorsqu’on posa le pied sur la lune en 1969.

Si nous considérons le modèle de santé, nous réalisons combien cette crise constitue une remise à plat de son fonctionnement. Intéressons-nous aux enseignements vis-à-vis du système de société  que cette crise a su nous instiller.

Certes le confinement nous a précipités de gré ou de force dans le télétravail néanmoins nous avons appris de nos erreurs.

Le modèle de santé, obsolète ?

Dans un premier lieu s’est posée de manière accrue la question de la place que nous réservons à notre santé. Nous avons mesuré à quel point nous avions délaissé cet aspect fondamental de notre société. Jean Tirole, prix Nobel d’économie a souligné notre vulnérabilité et la nécessité de promouvoir la recherche. C’est avec humilité que nous avons écouté la thèse avancée par l’essayiste Jacques Attali à l’origine de Positive Planet. Convaincu par une troisième voie possible, il fait le pari d’un monde à la fois technologique et humaniste. A ses yeux il est impératif d’inclure l’empathie ou la compassion au modèle que nous connaissons. Pour ce faire il revendique un recentrage vers les « industries de la vie » et il place en première position l’industrie de la santé. Bien évidemment ce monde repensé s’adresse à nos contemporains, pour autant il prend en considération les générations à venir. Cet Etat Providence qui replace l’homme du monde trouve un écho favorable alors que nous traversons une crise inédite. En ce sens nous avons déjà marqué un progrès gigantesque.     

Autre enseignement capital que nous avons tiré de cette crise sanitaire est le fonctionnement même de notre système de santé. Avec la crise a été mis en évidence notre manque d’anticipation face à une attaque pathogène. En effet, il existe des politiques de santé publique qu’il convient d’adopter en toute urgence. Frédérik Kerk, chercheur et directeur d’un laboratoire d’anthropologie qui répondait dans un tchat du Monde, nous en livre les principes fondamentaux : la prévention, la précaution et la préparation. Ceci sous-entend que nous pourrions facilement progresser si nous engagions ces changements. Mais comment les mettre en mettre en œuvre ? Les pays d’Asie qui ont le mieux résisté à l’épidémie ont appliqué les 3 techniques qui suivent : les sentinelles, la simulation et le stockage.  Si cette crise nous a fortement ébranlés c’est que nous étions mal préparés et il ne s’agirait plus d’une fatalité. L’enseignement que nous avons tiré de cette crise nous aura fait progresser. Nous pourrions nous prémunir face à une attaque future et éviter la pandémie.

Un événement bénéfique pour l’environnement ?

S’agissant de l’environnement nous avons également appris la leçon. C’est qu’à notre insu s’est amorcée une transition écologique sans précédent. Des poissons qui frayent dans les canaux de Venise dont les pilotis étaient menacés jusque-là par les paquebots de croisière ou les vaporettos. A notre stupéfaction il n’aura fallu que quelques semaines pour que la nature reprenne ses droits. Serions-nous assez fous pour inverser cette tendance que nous appelions tant de nos vœux ?

Adopter une politique en matière d’écologie signifie avoir recours massivement à des énergies durables ou renouvelables. Nous tombons des nues lorsqu’un chercheur de l’université de Stanford, Marshall Burke s’exprime en ces termes : «  Je calcule que la réduction de la pollution en Chine a probablement sauvé 20  fois plus de vies que celles qui ont été perdues en raison du virus. » Nous prenons enfin la mesure de la catastrophe anthropique qui nous attend si nous ne nous renonçons pas aux énergies fossiles.

L’éditorial des Echos du mercredi 1er mars qui exposait le plan de sauvetage de l’économie française relayait cette priorité absolue en rappelant combien une faible taxation des ces énergies était inenvisageable. Nicolas Hulot, alors ministre de la transition écologique ne misait-il pas sur 100 pour cent d’énergies renouvelable, ne tenait-il pas d’ailleurs l’énergie solaire pour la plus prometteuse ? Nous venons de faire un progrès fabuleux : nous avons compris qu’il était notre devoir d’effectuer la transition écologique mais aussi que nous en possédions le pouvoir !      

Nous avons compris que la conscience de l’environnement passait également par une agriculture qui utiliserait les éléments : le soleil, le vent, la mer ou la biomasse. Cette épreuve a le mérite de nous remettre à notre place dans la chaîne des vivants. En écoutant Jean Viard, sociologue qui revendique  en effet un New Deal vert, on s’aperçoit de la dérive de notre agriculture. Le contrat qu’il propose relève du bon sens :  bannir  l’utilisation d’intrans, produire des aliments localement, de saison et les commercialiser dans un circuit court. En ayant recours au savoir-faire des agriculteurs on obtient aisément des produits de qualité et les exploitants retrouvent un sens à leur métier. Ils regagnent par ailleurs la confiance des consommateurs qui les tenaient en partie pour responsables des catastrophes écologiques. Nous avions prôné une agriculture saine dans le cadre du  plan PNNS comme le soulignait l’éditorial du Huffington Post du 18 mars dernier. Or cette crise nous accule à revenir vers une agriculture certes technologique mais de bon sens.     

Je calcule que la réduction de la pollution en Chine a probablement sauvé 20 fois plus de vies que celles qui ont été perdues en raison du virus.

Marshall Burke

Conclusion.

Une dernière leçon semble se dessiner en ces temps difficiles et c’est peut-être là le plus grand des progrès qu’on puisse rêver : la solidarité internationale. A ce sujet, dans un article  paru le 29 mars dans le Courrier International, Harari le célèbre historien israélien la suggère. Il nous expose une idée progressiste : tandis que les Etats-Unis ont renoncé à leur leadership via les organisations internationales, pourquoi l’Europe ne jouerait-elle pas ce rôle laissé vacant ? En se soudant elle pourrait exercer une influence plus grande, conduire un idéal européen. Pour conclure, au-delà de la remise en cause du schéma collectif, la crise ne nous fournit-elle pas l’occasion d’une introspection, d’un arrêt sur nous-mêmes ?  

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