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globe en verre dans lequel se reflète le paysage

Homo Viator, le voyage comme philosophie de vie.

Interprète, descendante de capitaines au long cours, pilleurs d’épaves, armateurs, employés à la Compagnie des Indes, les étoiles s’étaient alignées pour que je taille la route et devienne Travel Planner. Ma marotte ? L’histoire de l’art...

Gretel Van Son

Pourquoi voyage-t-on ?

Il n’est rien de plus beau que l’instant qui précède le voyage, l’instant où l’horizon de demain vient nous rendre visite et nous dire ses promesses ;

Milan Kundera

Une petite histoire du voyage à travers le temps.

Les grandes découvertes.

Depuis la nuit des temps l’homme a voulu voir du pays. Tandis qu’il est apparu en Afrique, on trouve trace de son passage au Néolithique à Longuppo en Asie. Au XIIIème siècle Marco Polo, un marchand italien rédige le Livre des Merveilles qui relate son voyage en Chine. À la faveur des inventions telles que la caravelle ou l’astrolabe les découvreurs prennent la mer au XVème siècle. Puis Christophe Colomb met le pied dans le nouveau monde, Vasco de Gama ouvre la route des Indes et Magellan s’offre un tour du monde. Bientôt les Hollandais, quant à eux, fondent la Compagnie des Indes.

Le voyage comme loisir.

À partir du XVIIe siècle l’aristocratie trouve dans le voyage d’éducation l’occasion de se former son élite : le Grand Tour. Néanmoins celui qui nous fit aimer la géographie aura été Jules Verne qui explore des terres inconnues avant même l’invention du train. À l’occasion d’un colloque pour 500 militants contre l’abstinence, Thomas Cook organise en 1864 un voyage de groupe et crée par la même la première agence de voyages. Avec les congés payés les Français se lancent sur les routes en 1936 et voient pour certains d’entre eux la mer pour la première fois, le tourisme se développe !

Dans les années 60 Kerouac rédige Sur la route qui prône l’errance et lance le road trip. Lorsque Michel Le Bris crée en 1990 le festival Etonnants Voyageurs*, les lecteurs affluent pour rencontrer les écrivains « volant au gré des humeurs vagabondes et aux semelles de vent ».

Qu’est ce qui pousse les hommes à voyager ?

Or vous êtes-vous jamais demandé pourquoi nous voyageons ? Certains prétendent que le voyage correspondrait à une fuite face aux épreuves de la vie. Je ne compte pas réfuter cet argument, pour autant pourquoi se priver d’une thérapie naturelle ? En attendant cette conception tente à faire oublier les autres motivations à l’origine du voyage : l’esprit d’évasion, la curiosité intellectuelle et la recherche d’identité.

Le désir d’évasion.

Le désir d’évasion remonte aux hommes premiers qui vivaient en se déplaçant. Si on se réfère à l’ouvrage de Jacques Attali L’homme nomade, nous comprenons à quel point la sédentarisation ne constitue qu’une parenthèse dans l’histoire des hommes. Elle s’installe avec la naissance de l’agriculture au Néolithique (-10 000 ans av. JC). Le fait que certaines tribus continuent à pratiquer cette errance nous le rappelle : les Ghilji au Pakistan ou les Nukak en Colombie.

Par conséquent on ne s’avance pas en prétendant que le vagabondage est inscrit dans notre patrimoine génétique. En revanche il est certain que les contraintes sociales et professionnelles que nous subissons renforcent encore cet élan. C’est que Jean-Didier Urbain, sociologue, développe. Selon lui, en voyageant nous recouvrons notre liberté puisque nous choisissons notre itinéraire et sommes maîtres de notre temps. Et d’ajouter que le voyage gage de liberté retrouvée fait que nous renouvelons volontiers l’expérience à chaque fois qu’elle nous est possible. Il en ressort que le voyage apporte un indispensable dépaysement face à une vie écrite pour nous.    

La curiosité.

De surcroit le voyage sert à satisfaire notre curiosité intellectuelle. En effet nous cherchons à découvrir des paysages neufs à la manière d’un enfant émerveillé. Ainsi sommes -nous surpris face aux eaux noires du Rio Grande en Amazonie et aux chutes du Zambèze. Par ailleurs nous voulons nous frotter à des espèces animales inconnues. Dans son ouvrage la panthère de Sibérie, Sylvain Tesson, nous fait vivre ses nuits à l’affut en compagnie du photographe animalier Vincent Munier. C’est à travers ses yeux que nous observons les yacks et la panthère qui s’aventure près d’un fleuve.

Plus que tout, le voyageur cherche à rencontrer les autochtones. Il s’agit là non pas d’apprendre quelques rudiments de langue mais plutôt d’appréhender leur pensée. Un récit de voyage m’a particulièrement marquée :  Chemins de Piste de Chatwin. L’écrivain-voyageur britannique qui cheminait avec son havresac, ses jumelles – offertes par Herzog ! et son Moleskin y rapporte son expérience. Il nous emmène aux côtés des aborigènes d’Australie  qui marchent dans les pas de leurs ancêtres en suivant les signes invisibles qu’ils ont laissés de leur passage …  

Le voyage comme forme de développement personnel.

Citons la phrase de Nicolas Bouvier dans Usage du Monde : « Un voyage se passe de motifs, ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait et vous défait. » Cette citation illustre le travail sur soi que procure le voyage. A  l’occasion d’un trek pour Kala Pattar, on peut apprendre à combattre le mal d’altitude par des techniques de respiration. Étonnamment on se dépasse, on ne s’en serait pas cru capable. Autre aspect du voyage est qu’on gagne en sagesse, une qualité qui nous sera fort utile dans la conduite de notre vie. Cela sous-entend également qu’à l’issue du voyage, nous serons heureux de retrouver notre pays et les nôtres. Reportons-nous au poème de Joachim de Bellay à propos d’Ulysse qui résume bien cette vertu :

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Et comme celui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et de raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge.

Conclusion.

À la lumière de ces arguments, nous pouvons croire que le voyage nous permet d’être vivant, de se sentir exister et d’être en harmonie avec soi. Il semble en effet que le côté ostentatoire du voyage ait disparu au profit d’une recherche de sens. Par ailleurs que penser du voyageur immobile ? Hergé, de son côté, nous a fait vivre des aventures extraordinaires dans des lieux qu’il n’a jamais visités, pourtant ne nous sommes-nous pas pris au jeu ? À croire que le voyage n’est pas conditionné au déplacement physique et cette tendance trouve de plus en plus un écho grâce aux visites virtuelles parfois bluffantes qui vont jusqu’à reconstituer Palmyre au temps de sa splendeur.

Étonnants voyageurs ! Quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
Les bijoux merveilleux, faits d’astres et d’éthers.
Nous voulons voyager sans vapeurs et sans voile !
Faites, pour égayer l’ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d’horizon.
Dîtes, qu’avez-vous vu ?

Charles Beaudelaire, le Voyage III

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